wrath666
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Art contemporain
Rebels and martyrs
« Now I’ve got a really bad image of the French society », m’a dit une copine danoise hier. En fait, elle venait d'écouter un reportage sur les tentes distribuées aux SDF, et dont se plaignent les riverains. Je lui ai expliqué que les Français de métropole sont, contre toute logique, FIERS de leur modèle social. Et pire : qu’ils passent leur temps à cracher sur le « modèle anglo-saxon »… Au fond, les Français ont toujours été des nationalistes bornés, d’où une incapacité totale à s’adapter à la mondialisation. « So you don’t want to come back to France ? », a demandé mon amie. No comment (voir ICI). Bref, la soirée avait mal commencé. Heureusement, l’expo « Rebels and martyrs » à la National Gallery m’a remonté le moral. En général, j’ai horreur des approches didactiques, genre « l’art pour les nuls ». Mais là, les explications sur l’image de l’artiste s’accompagnent de portraits vraiment intéressants. Les salles sont organisées par thèmes: _ l’artiste romantique maudit, avec notamment un auto-portrait de Courbet façon « je mérite ma place en asile ». En résumé : le public ne reconnaît jamais les génies, qui sont destinés à souffrir dans l’anonymat.
_le dandy : après les excès des artistes bohémiens (les « grunges » de l’époque), retour à une toilette soignée. Le chef de file est bien sûr Aubrey Beardsley, qui a illustré « Salomé » d’Oscar Wilde. _ le martyr, avec un magnifique portrait de Gauguin (L’agonie dans le jardin). Les artistes pauvres, souffreteux et inconnus s’identifient alors au Christ. Ils transforment une situation de fait (l’absence de reconnaissance) en exigence : sans souffrance, pas d’art digne de ce nom.
Mon optimisme naturel me fait penser que je suis bien partie pour devenir une martyre de la littérature. Mais bon, je n’ai pas d’autre solution que de continuer à écrire et d’attendre, toujours attendre…
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Retour d'Allemagne
Drieu la Rochelle avait raison : l’Allemagne est vraiment un grand pays. Mon voyage à Düsseldorf, Cologne et Aachen (Aix-la-Chapelle) a tourné en expérience mystico-artistique : église-art contemporain-église-(bière)-église…
J’ai eu une sorte de révélation dans la cathédrale d’Aachen (image du Dom ci-dessus) : le fameux bleu qui a fait la gloire d’Yves Klein est exactement le même que celui utilisé pour les vitraux, un bleu marine translucide, très lumineux. L’art contemporain est chrétien, sans aucun doute. La raison en est simple : jamais la grandeur de la chrétienté, tant politique qu’artistique, ne sera égalée. Charlemagne l’avait parfaitement compris : prenez le meilleur de l’empire romain (la dimension cosmopolite et expansionniste), ajoutez-y la foi dans le Crucifié, et vous obtenez une époque grandiose. Houellebecq a raison : aucune civilisation ne peut tenir sans religion. Ou plutôt, si, elle peut tenir, au prix de suicides massifs et d’un nihilisme généralisé. Prenons l’exemple des bombardements alliés (voir l’excellent livre de Sebald à ce propos), qui ont laissé la plupart des églises de la région Nordrhein-Wesfalen à l’état de ruines. Les restaurations ont été achevées dans les années 80, mais il reste une forme d’amertume pour tout visiteur : ni les civils, ni les monuments n’ont une quelconque importance dans notre « civilisation » nihiliste. Je n’ai pas envie de penser que le futur sera meilleur, que les lendemains chanteront. Je pense au contraire que le meilleur est dernière nous. Je pense que rien, absolument rien, ne nous sauvera du suicide généralisé. Pendant mon voyage, j’ai d’ailleurs relu quelques chapitres de « Crevez tous, useless cunts » et j’ai été frappée rétrospectivement par le fil conducteur du roman, par l’absence absolue d’espoir et de promesse. « Fear, recrimination, innocence, sympathy, guilt, waste, failure, grief, were things, emotions, that no one really felt anymore. Reflection is useless, the world is senseless. Evil is its only permanence. God is not alive.” (Bret Easton Ellis, American Psycho)
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Bill Viola
Si je me plains souvent de la piètre qualité des artistes contemporains (ICI et LA), c’est que je recherche autre chose qu’un énième sous-Duchamp quand je visite une galerie. Et mon acharnement a enfin payé : première expo sublime depuis le début de l’année, Bill Viola à Haunch of Venison.
Bill Viola n’est pas vraiment un jeune premier : il a commencé à créer des vidéos dans les années 70. Ce que j’aime dans son travail, c’est l’ambition esthétique : murs de feu, fusion des couleurs,… Finalement, cette volonté de créer du beau est devenue rarissime. Même dans ses œuvres plus intimistes, moins flamboyante esthétiquement, Viola parvient à transmettre une émotion, souvent mélancolique.
Si vous voulez regarder une conférence à la Tate Modern avec Viola, c’est ICI (je ne suis pas fan de la partie avec le Dalai Lama, le bouddhisme, ça me gave).
Selon Viola, « All works of art, though visible, represent invisible things »: je dirais que pour l’écriture, le processus de la lecture reste invisible, les représentations restent invisibles, et finalement, ça peut être assez frustrant. D’où mon attirance (souvent déçue) vers les arts visuels.
Donc si vous passez à Londres, je vous conseille de passer voir cette expo (surtout la partie à St Ollave’s college). Et si vous avez des suggestions d’expos intéressantes, la parole est à vous.
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Toi aussi, tu peux faire de l'art
Vous vous souvenez de mes « coups de gueule » contre les dérives de l’art contemporain et de la photo ? Eh bien, mes visites de galeries ce week-end m’ont au moins appris une chose : on peut combiner bêtise et laideur. Prenons Thomas Demand, exposé à la Serpentine Gallery (au milieu de Hyde Park) : ses photos d’univers familiers nous invitent à regarder le monde avec un œil de nouveau-né. Cette plante d’intérieur aux feuilles fanées est une métaphore de la vie et de la mort, d’une audace époustouflante. La cuisine de Saddam Hussein nous rappelle que tous les dictateurs connaissent une fin atroce : pendu par les pieds pour Mussolini, croupissant auprès des casseroles sales pour Saddam. Enfin, photographier des cartons de déménagement et des balais est toujours d’une grande nouveauté, près d’un siècle après « Fontaine » de Duchamp. Ajoutez un peu de jargon à mon compte-rendu, et voilà ce que vous obtenez : « Close inspection of Demand’s life-like images reveal a lack of detail and, as a result, the artifice of his scenes become apparent. His art reconsiders the traditional notion of photography as a faithful record of reality, highlighting the evasiveness of the medium in a world that is saturated with manipulated or mediated images” (Source)
Tout ça m’a donné envie d’écrire un petit essai satirique: “toi aussi, tu peux faire de l’art contemporain ». En attendant, j’ai besoin de vos témoignages : quelle est la pire expo que vous ayez vue récemment et pourquoi ?
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La photo, sous-produit artistique
La plupart du temps, les expositions de photos m’ennuient à mourir. On peut d’ailleurs classer l’essentiel des photographes en 2 catégories :
_les imitateurs de Duchamp, amateurs de clichés soit disant humoristiques (ICI). Je me souviens avoir été à une expo à Haunch of Venison, où le génialissime Douglas Gordon était exposé à côté de photos de blonds. Oui, vous avez bien lu, l’ « artiste » (dont j’ai oublié le nom) s’était contenté de prendre des photos de blonds, célèbres ou non, naturels ou décolorés…Enfin, je vous laisse imaginer l’intérêt du concept! _les partisans de la photo sociale, catégorie très prisée en France. Les prétentions artistiques disparaissent derrière un « engagement » plus que douteux : montrer la douleur des chômeurs, des sans-papiers, des habitants de Sarcelles Visiblement, les bobos américains adôôrent: voir cet article du New York Times. Conclusion : la photo est un sous-produit artistique dans 99% des cas. Avec quand même 1% d’exceptions. Cf l'inimitable David La Chapelle...Et ci-dessous, un cliché des Whites Stripes pris par Annie Leibovitz, qui sera exposée prochainement au Detroit Institute of Arts. 
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David La Chapelle
Selon le Guardian, David LaChapelle en a marre qu'on le prenne pour un "riche gay blanc" qui ne photographie que des beautiful people (Non, ce n'est pas Britney Spears à gauche; je vous laisse deviner...) Certes, il travaille avec les riches, mais il aime bien les pauvres quand même. Dans son immense dévouement, il a même été jusqu'à tourner un documentaire sur des kids amateurs de hip hop...Car voyez-vous, l'argent ne fait pas le bonheur: "It's about people who have nothing but are dancing in the streets. Then you go to these houses in Beverley Hills which are 17 rooms and they're like giant stage sets for divorce."
David La Chapelle a beau être une caricature d'artiste mondain, il a beau justifier ses photos avec des concepts plus que foireux (genre Marilyn Manson comme "lollipop lady" , je l'adore. Tout simplement parce que ce type a un sens esthétique incroyable et qu'il aime le baroque flamboyant. Et surtout, il ne cherche pas à faire des photos de la plate réalité: il donne sa propre vision, déformée, grossie, embellie de ce qu'il voit. "Addicted to diamonds" (ci-dessous) me fait penser à Man Ray en mieux... Et tant qu'à faire, je préfère encore le genre "artiste people" que la sous-catégorie, malheureusement très répandue d'artistes pseudo névrotiques (voir le sketch d'Elie Semoun ICI) Au fond, le coeur du problème est que trop d'artistes se prennent au sérieux. Et dans le cas contraire, on a droit à des suiveurs de Duchamp...On peut aimer l'art et Voici (j'en suis la preuve vivante, hihi!)
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