wrath666
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Londres, l'exil
Restez dans votre galère
S’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est devoir justifier le fait que j’habite en Angleterre. « Mais quand même, tu n’as aucune sécurité de l’emploi, ici… », « Tu peux te retrouver à la rue du jour au lendemain, personne ne viendra te tendre la main », et autre blabla…
Je n’ai qu’une chose à dire à ces gens-là : RESTEZ DANS VOTRE GALERE. Stephen Clarke l’a très bien dit dans « A year in the merde »: le système d’emploi à vie « CDI-35 heures », rêve de tout jeune Français pris dans la galère des stages, a tout du parfait cauchemar. Tout le monde n’a pas vocation de fonctionnaire…Certainement pas moi, en tout cas! Petite anecdote pour conclure : je connais un jeune ingénieur, issu d’un milieu modeste, qui est parti travailler dans la Silicon Valley. A la clé : bon salaire et soleil californien. Vous croyez que ce jeune homme fait la fierté de ses parents, couples de retraités bourguignons ? Non, car « quand même, il n’a pas de sécurité sociale… » Affligeant…
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Welcome to 1970
Ça fait cinq ans que je n’ai plus de télé, mais ça ne m’empêche pas de me tenir au courant : tous les médias anglais ont annoncé qu’Harry Roselmack sera le premier journaliste noir à présenter le 20h.
A première vue, rien de très sensationnel : le pauvre Roselmack n’est pas prêt de prendre la place de PPDA pour de bon, ce n’est qu’un remplacement de vacances. Mais pour des Anglais (ou des Américains), la nouvelle a quelque chose de terriblement exotique : « Welcome to 1970 », peut-on lire sur ce site (assez crétin, je tiens à préciser !) Il faut rappeler que Trevor McDonald, le premier présentateur Black en Grande-Bretagne, a commencé sa carrière sur ITV en 1969…Les chaînes de télé et les services publics doivent refléter la « diversité des communautés » (sous-entendu, inclure des Blacks, des Indiens, des musulmanes voilées, des homosexuels, et même des transexuels) Pour un Français de Londres, c’est toujours un peu curieux de passer devant des « witness appeals » (= gros panneaux jaunes pour rechercher des témoignages sur un crime) avec marqué : « Une agression à caractère homophobe a eu lieu dans Clapham Park samedi 01/07 vers 2am. Si vous avez vu/ entendu quelque chose, contactez John Smith, gay policeman, au 020… ». Je sais ce que certains vont répondre : le communautarisme, ce n’est pas bien. Mais c’est toujours moins stupide que d'affirmer comme Harry Roselmack : «Quand je réalise une interview, je ne suis ni noir ni blanc, ni homme ni femme, je suis journaliste » C’est comme si je disais que quand j’écris, je ne suis plus une femme, je suis écrivain…(voir le débat sur la chick lit ICI)
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07/07
Le 7 juillet 2005, quatre bombes ont explosé dans le centre de Londres. J’ai eu la chance de ne pas être dans le métro quand les attentats ont eu lieu. Mais je me souviens très clairement de mon état de choc, et des bruits d’ambulance incessants. Dans de telles circonstances, tout le monde pense à sa propre mort et élabore des scénarios de type « et si j’avais pris la Picadilly line vers 8h40… » Passé ce moment de choc et d’angoisse, je me suis sentie immensément soulagée : après tout, je n’avais rien, mes proches non plus, everything’s fine. Sur Clapham high Street (à 2 pas de chez moi), les gens prenaient des pints de bière en terrasse. Bref, l’atmosphère était plutôt légère. Ce n’est que plus tard que j’ai été vraiment abattue et déprimée. D’ailleurs, mon roman Crevez tous, useless cunts a pris une tournure nettement plus dark après cet événement. Ce qui est étonnant, c’est que les victimes de l’attentat, du moins celles qui n’ont été blessées que légèrement, sont passées par les mêmes phases : choc, soulagement, abattement. Voir par exemple ce témoignage. Vous pouvez également écouter ces interviews réalisées par le Guardian.
Pour info, je ne prends plus le métro londonien (ou exceptionnellement) : je me suis mis au vélo. Comme quoi, ça a dû me traumatiser…
Dernière chose : 52 personnes sont mortes dans les attentats. Beaucoup d’Anglais essaient d’oublier et de passer à autre chose (« Move on). Témoin la grande fête qu’a organisée Ken Livingstone, le maire de Londres, pour célébrer la victoire de la capitale britannique aux jeux olympiques 2012. Pitoyable…Je vous invite à relire Dignitas, pour comprendre ce que je ressens face à ceux qui oublient leurs morts…
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Douce France
Voilà ce que je viens de lire dans Tanstafl : "La France ne s’appauvrit pas dans un sens absolu mais relativement aux autres pays. Cela crée une frustration importante et une haine malsaine tournée à la fois contre l’extérieur (anti-américanisme primaire, mouvement anti-mondialisation, nationalisme économique, arrêt de la construction européenne et mépris à l’égard des derniers pays entrés dans l’Union européenne) mais aussi contre le pays lui-même (« déclinologie », révolte des banlieues, discrédit total du pouvoir politique)."
Je trouve cette analyse très juste. Chaque fois que je rentre en France, mes amis encore étudiants me demandent des conseils pour s’installer à Londres. Les motifs ? Pas de travail, trop de stages et une ambiance générale « plombante » (ICI) Mêmes propos dans cet article du Figaro intitulé « Un million de jeunes ont quitté la France » : beaucoup de candidats à l’immigration ont horreur de la « morosité » française. Qu’on soit bien d’accord : je ne tiens pas à ce qu’on me colle une étiquette de « déclinologue ». La France n’est pas en déclin, la France est morte depuis 1940. Seuls quelques artistes (Duras, Koltès, Houellebecq) et théoriciens (Foucault, Camus) ont survécu à la médiocrité générale et ont été capables de produire une œuvre digne de ce nom. Et ce n’est pas un hasard si les artistes français vivant à l’étranger sont de plus en plus nombreux (Sophie Calle, l’inévitable couple Houellebecq – Dantec,etc) La question, ça serait plutôt : « pourquoi rester en France ? » plutôt que « pourquoi partir ? »
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Killing with kindness
La dernière fois que j’ai parlé des sans-abris, le débat a été plutôt houleux…Les Britanniques ont une attitude beaucoup plus pacifiée sur la question des SDF : si certains choisissent de dormir dehors, personne ne peut les en empêcher. Cependant, donner de l’argent aux homeless les encourage à rester dans la rue. S’il est plus facile de mendier que de travailler, les sans-abris ne vont pas chercher à s’en sortir…Le district de Westminster (centre de Londres) va encore plus loin, avec sa campagne « Killing with kindness » :
_plus de 70% des mendiants sont aussi des consommateurs de drogues dures (héroïne et crack) _60% des mendiants arrêtés dans le district disposent d’une adresse fixe, et ne sont donc pas des « rough sleepers ». _les vrais SDF peuvent bénéficier d’une aide au logement (Housing Benefit) quand ils emménagent dans un centre d’hébergement. Conclusion : Faire l’aumône tue. Mieux vaut donner aux associations caritatives (Charities), dont la fonction est de trouver des solutions de long terme. Personnellement, je trouve que cette campagne va à l’encontre de beaucoup de préjugés. Non, les Anglais ne laissent pas crever leurs pauvres dans la rue. Simplement, la mendicité leur semble dégradant : tout doit être fait pour aider la personne à s’en sortir. Et seule les charities sont suffisamment proches du terrain pour fournir des solutions viables. L’attitude des Français, ça serait plutôt : « ah mince, il y a un SDF en bas de chez moi. Mais que fait l’Etat ? »
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Le modèle britannique
Si vous fréquentez le blog de Pierre Assouline, vous êtes probablement déjà tombé sur ce post. Le livre en question ("Le Royaume enchanté de Tony Blair) a été écrit par un journaliste français installé à Londres depuis presque 20 ans. Visiblement, Philippe Auclair exècre l'Angleterre: ça va des trains jamais à l'heure à la précarité âââbominable. Comme le remarque tout à fait justement Assouline, c'est à se demander pourquoi autant de Français se sont exilés outre-manche. Je vous laisse lire le commentaire d'une certaine Aline:
"Hello à vous tous, Je vis à Londres depuis 5 ans et je ne suis pas dans la finance.Pour info,il y a presque 300000 Français en GB.Pas autant de milliardaires mais des personnes qui ont envie de faire ce qu'elles veulent, de travailler librement,c'est pas la mine et puis la France n'est pas si loin. Bien sur ,il y a des problèmes ici aussi,des pauvres comme partout, des mauvais profs et des cons,enfin rien de neuf.Mais il y une chose qui fait parfois défaut en ce moment en France et c'est la tolérance, et puis ici on peut tomber et se relever ,pas de honte ni de probléme et c'est même bon signe.Et oui ici on peut quand même encore dire ce que l'on pense sans se faire traiter de fachos ou autres.Alors un livre de plus sur Blair ;du blabla qui rassure."
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Chick lit
Aujourd'hui, j'ai été me balader du côté d' High Street Kensington (sorte d'Oxford Street pour les autochtones). Et comme toujours après une demi-heure de shopping, j'en ai eu marre, donc direction la librairie. Les Anglais sont des pros du marketing: quand vous voulez acheter un livre, ils arrivent toujours à vous en vendre trois. Résultat: je me suis retrouvée avec "le journal de Bridget Jones" dans mon sac. Et bien, si vous pensez que c'est bassement sentimental et putassier, vous avez raison. Mais c'est aussi assez émouvant (cette pauvre Bridget, qui ne trouve personne pour l'aimer...) et surtout très drôle. Les Anglais appellent ça "chick lit", la littérature pour gonzesses. La très sérieuse correspondante du Monde aux Etats-Unis en a parlé récemment (ICI). Comme quoi, je ne suis pas la seule à lire ça, OUF! Et tant qu'à faire, je préfère encore qu'on m'accuse d'écrire un blog de jeune fille, plutôt qu'un immonde brulot d'extrême droite. Quoique, le blog de jeune fille fasciste, personne n'a encore osé
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